Pyramide synesthésique: B. de Balenciaga.

Trois notes, trois oeuvres : Pyramide synesthésique de B. de Balenciaga.

Enveloppant, dense, cotonneux, lacté, B. de Balenciaga est le parfum de peau moderne.
Un figue givrée dans un bain de muscs aux facettes affirmées de graines d’ambrette; comme une brouillard où l’on ne distingue qu’une note, sans aspérité et avec constance. Aucune limite, une simplicité qui déstructure la pyramide olfactive habituelle; la version olfactive du travail de Ann Veronica Janssens.
Une esthétique épurée bien que construite autour d’un accord exotique: invitation au voyage, recherche de l’Idéal qu’aurait pu signer Baudelaire.
Musqué, irisé, sensuel, comme un air de Touch de Shura.
Classiquement, l’évolution d’un parfum se divise en trois temps :

– Les notes de tête, qui s’expriment instantanément et sont évanescentes.
– Les notes de coeur, qui se ressentent plusieurs heures.
– Les notes de fond, qui persistent le plus longtemps.

En associant chaque temps d’un même parfum à une oeuvre littéraire, cinématographique, picturale, et musicale,le Journal d’un anosmique se propose d’appréhender la synesthésie de manière concrète.


Three notes, three works of art : Olfactive Pyramide of  Knot, Bottega Veneta.

 

Enveloping, thick, downy, milky, B. by Balenciaga is the modern skin perfume.
A frozen fig in a bath of musks with obvious ambrette seeds facets; like a fog in which we could only see one note, without harshness and with consistency. No limit, a simplicity which desintegrate the usual olfactive pyramid, the olfactive version of Ann Veronica Janssens’ work.
A stripped down esthetisism although built around an exotic accord: invitation to dream, quest of the Ideal that could have been signed by Baudelaire.
Musky, sensual, iridescent, like the beats of Touch by Shura.

Basically, a fragrance consists of three main notes:

– The head notes are evanescent and remain only a few minutes on the skin.
– The heart notes remain several hours.
– The base notes remain on the skin for more than one day.

By linking each note of a fragrance to a literary, cinematographic, musical or pictural work, Le Journal d’un Anosmique proposes a way to experience the synaesthesia. ( describe one sens modality in termsof another )

 

 B.OKNote de Tête – Head note / Brouillard Artificiel Lee 121, Ann Veronica Janssens

Présentée lors de la huitième biennale d’art contemporain de Lyon, Brouillard Artificiel Lee 121 faisait pénétrer le visiteur dans une salle embuée de fumées vertes. Cette sculpture de fumée laisse le visiteur se plonger dans un univers sans limite, où le vide est matérialisé, les mouvements ralentis, le toucher amplifié.

Une expérience où le visiteur fait partie intégrante de l’oeuvre, la sortie lui étant même parfois difficile à trouver.

 

Note de Coeur – Heart note / La chevelure, Baudelaire

Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l’ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse
Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

Baudelaire – Les Fleurs du Mal.

Note de Fond – Base note / Touch, Shura.

B., Balenciaga.

Parfumeur: Domitille Bertier

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