Pyramide synesthésique: Mugler Cologne, Thierry Mugler.

Trois notes, trois oeuvres : Pyramide synesthésique de Mugler Cologne, Thierry Mugler.

Cologne subtile et contrastée: une fleur d’oranger fraiche comme le petit grain et sensuelle comme les muscs. Charnelle fraicheur, l’histoire raconte qu’un accord secret nommé S ferait sa signature addictive.

Classiquement, l’évolution d’un parfum se divise en trois temps :

– Les notes de tête, qui s’expriment instantanément et sont évanescentes.
– Les notes de coeur, qui se ressentent plusieurs heures.
– Les notes de fond, qui persistent le plus longtemps.

En associant chaque temps d’un même parfum à une oeuvre littéraire, cinématographique, picturale, et musicale,le Journal d’un anosmique se propose d’appréhender la synesthésie de manière concrète.


Three notes, three works of art : The synesthesic pyramid of Mugler Cologne, Thierry Mugler.

Subtil and contrasted cologne: an orange flower fresh like the petitgrain and sensual like the muscs. Carnal freshness, the story tells that a secret accord named S would be the reason of this addictive signature.

Basically, a fragrance consists of three main notes:

– The head notes are evanescent and remain only a few minutes on the skin.
– The heart notes remain several hours.
– The base notes remain on the skin for more than one day.

By linking each note of a fragrance to a literary, cinematographic, musical or pictural work, Le Journal d’un Anosmique proposes a way to experience the synaesthesia. ( describe one sens modality in terms of another )Mugler Cologne, Thierry Mugler.

Pyraamug

Note de tête – Head note / Ghost de Hashley

Note de coeur – Heart note / Reproduction #7 d’Isabelle Cornaro

pdt-2015-isabelle-cornaro-004

Note de fond – Base note / Symphonie en blanc majeur de Théophile Gautier

De leur col blanc courbant les lignes,
On voit dans les contes du Nord,
Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnes
Nager en chantant près du bord,

Ou, suspendant à quelque branche
Le plumage qui les revêt,
Faire luire leur peau plus blanche
Que la neige de leur duvet.

De ces femmes il en est une,
Qui chez nous descend quelquefois,
Blanche comme le clair de lune
Sur les glaciers dans les cieux froids ;

Conviant la vue enivrée
De sa boréale fraîcheur
A des régals de chair nacrée,
A des débauches de blancheur !

Son sein, neige moulée en globe,
Contre les camélias blancs
Et le blanc satin de sa robe
Soutient des combats insolents.

Dans ces grandes batailles blanches,
Satins et fleurs ont le dessous,
Et, sans demander leurs revanches,
Jaunissent comme des jaloux.

Sur les blancheurs de son épaule,
Paros au grain éblouissant,
Comme dans une nuit du pôle,
Un givre invisible descend.

De quel mica de neige vierge,
De quelle moelle de roseau,
De quelle hostie et de quel cierge
A-t-on fait le blanc de sa peau ?

A-t-on pris la goutte lactée
Tachant l’azur du ciel d’hiver,
Le lis à la pulpe argentée,
La blanche écume de la mer ;

Le marbre blanc, chair froide et pâle,
Où vivent les divinités ;
L’argent mat, la laiteuse opale
Qu’irisent de vagues clartés ;

L’ivoire, où ses mains ont des ailes,
Et, comme des papillons blancs,
Sur la pointe des notes frêles
Suspendent leurs baisers tremblants ;

L’hermine vierge de souillure,
Qui pour abriter leurs frissons,
Ouate de sa blanche fourrure
Les épaules et les blasons ;

Le vif-argent aux fleurs fantasques
Dont les vitraux sont ramagés ;
Les blanches dentelles des vasques,
Pleurs de l’ondine en l’air figés ;

L’aubépine de mai qui plie
Sous les blancs frimas de ses fleurs ;
L’albâtre où la mélancolie
Aime à retrouver ses pâleurs ;

Le duvet blanc de la colombe,
Neigeant sur les toits du manoir,
Et la stalactite qui tombe,
Larme blanche de l’antre noir ?

Des Groenlands et des Norvèges
Vient-elle avec Séraphita ?
Est-ce la Madone des neiges,
Un sphinx blanc que l’hiver sculpta,

Sphinx enterré par l’avalanche,
Gardien des glaciers étoilés,
Et qui, sous sa poitrine blanche,
Cache de blancs secrets gelés ?

Sous la glace où calme il repose,
Oh ! qui pourra fondre ce coeur !
Oh ! qui pourra mettre un ton rose
Dans cette implacable blancheur !

Théophile Gautier.

Mugler Cologne, Thierry Mugler.

Parfumeur: Alberto Morillas.

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