Pyramide synesthésique – L’orpheline, Serge Lutens.

Trois notes, trois oeuvres : Pyramide synesthésique  de L’oprheline, Serge Lutens.

« Friable mais entière.
A demi-mot, son nom se fêle. Avant la brisure, les deux premières syllabes portent le nom du poète qui même pouvait charmer les pierres.  » Serge Lutens.

Classiquement, l’évolution d’un parfum se divise en trois temps :

– Les notes de tête, qui s’expriment instantanément et sont évanescentes.
– Les notes de coeur, qui se ressentent plusieurs heures.
– Les notes de fond, qui persistent le plus longtemps.

En associant chaque temps d’un même parfum à une oeuvre littéraire, cinématographique, picturale, et musicale,le Journal d’un anosmique se propose d’appréhender la synesthésie de manière concrète.

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Three notes, three works of art : The synesthesic pyramid of  L’orpheline, Serge Lutens.

Basically, a fragrance consists of three main notes:

– The head notes are evanescent and remain only a few minutes on the skin.
– The heart notes remain several hours.
– The base notes remain on the skin for more than one day.

By linking each note of a fragrance to a literary, cinematographic, musical or pictural work, Le Journal d’un Anosmique proposes a way to experience the synaesthesia. ( describe one sens modality in terms of another )

L'orpheline-3

Note de tête – Head note / La Terre, Guiseppe Arcimboldo

terre

Note de coeur – Heart note / J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, Jean Luc Lagarce.

J’attendais la pluie‚ j’espérais qu’elle tombe‚
j’attendais‚ comme‚ d’une certaine manière‚ j’ai toujours attendu‚ j’attendais et je le vis‚
j’attendais et c’est alors que je le vis‚ celui-là‚ le jeune frère‚ prenant la courbe du chemin et montant vers la maison‚ j’attendais sans rien espérer de précis et je le vis revenir‚ j’attendais comme j’attends toujours‚ depuis tant d’années‚ sans espoir de rien‚ et c’est à ce moment exact‚ lorsque vient le soir‚ c’est à ce moment exact qu’il apparut‚ et que je le vis.

Une voiture le dépose et il marche les dernières centaines de mètres‚ son sac jeté sur l’épaule‚ en ma direction.

Je le regarde venir vers moi‚ vers moi et cette maison. Je le regarde.

Je ne bougeais pas mais j’étais certaine que ce serait lui‚ j’étais certaine que c’était lui‚
il rentrait chez nous après tant d’années‚ tout à fait cela
nous avions toujours imaginé qu’il reviendrait ainsi sans nous prévenir‚ sans crier gare et il faisait ce que j’avais toujours pensé‚ ce que nous avions toujours imaginé.
Il regardait devant lui et marchait calmement sans se hâter et il semblait ne pas me voir pourtant‚
et celui-là‚ le jeune frère‚ pour qui j’avais tant attendu et perdu ma vie
– je l’ai perdue‚ oui‚ je n’ai plus de doute‚ et d’une manière si inutile‚ ‚ désormais‚ je sais cela‚ je l’ai perdue –
celui-là‚ le jeune frère‚ revenu de ses guerres‚ je le vis enfin et rien ne changea en moi‚
j’étais étonnée de mon propre calme‚ aucun cri comme j’avais imaginé encore et comme vous imaginiez toutes‚ toujours‚ que j’en pousserais‚ que vous en pousseriez‚ notre version des choses
aucun hurlement de surprise ou de joie‚
rien‚
je le voyais marcher vers moi et je songeais qu’il revenait et que rien ne serait différent‚ que je m’étais trompée.
Aucune solution.

Note de fond – Base note / Spectrum, Florence and the machine.

 

L’orpheline, Serge Lutens.

 

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